Hammamet

Hammamet est la plus ancienne station balnéaire de Tunisie, et cela se voit dans les deux sens : un charme réel, hérité des jardins et des villas d’avant-guerre, et une muraille d’hôtels collée au rivage. Trois villes coexistent ici, la vieille et sa kasbah, la zone hôtelière du nord, Yasmine au sud. On y vient pour la mer, rarement pour comprendre le pays.
Histoire

Avant Hammamet, il y a Pupput. Un bourg romain sans éclat, longtemps rattaché à Carthage, que l’empereur Commode élève au rang de colonie vers la fin du IIe siècle. Il vit de l’huile, du blé et de la route côtière, se couvre de thermes et de mosaïques, puis s’éteint. Il laisse un héritage inattendu : le nom actuel de la ville, pluriel arabe de hammam, les bains.

Après la conquête arabe, l’occupation glisse vers le nord, sur le promontoire qui avance dans la mer. On y bâtit un ouvrage fortifié aux environs du tournant des IXe et Xe siècles, quand les rivages ifriqiyens se hérissent de ribats. Le géographe Al Idrisi, au XIIe siècle, décrit encore un château sur un cap, pas une ville.

La ville vient avec les Hafsides. Au XIIIe siècle, Hammamet reçoit ses remparts et sa Grande Mosquée, et prend le plan qu’elle a gardé : un rectangle d’environ deux cents mètres de côté, aux ruelles presque droites, la mosquée en bordure plutôt qu’au centre. Une médina minuscule, faite de maisons à patio.

Le XVIe siècle est celui des coups de main espagnols et des changements de maître : la forteresse qui domine la mer est renforcée pour l’essentiel à cette période, c’est la kasbah d’aujourd’hui. Les Ottomans s’installent après 1574 et trouvent une bourgade pauvre de pêcheurs ; ce sont les réfugiés andalous qui relanceront les jardins et les vergers.

Le protectorat français apporte la route, le chemin de fer à la toute fin du XIXe siècle, puis les agrumes en grand. Mais la bascule vient d’ailleurs : dans les années 1920, un riche Roumain, Georges Sebastian, se fait bâtir au bord de la mer une villa blanche d’un raffinement inouï, et tout un petit monde d’artistes et de mondains européens prend l’habitude d’hiverner ici.

La Tunisie indépendante rachète la villa en 1962 et en fait un centre culturel ; son théâtre de plein air accueille dès 1964 un festival international. Autour, la villégiature devient une industrie : les hôtels gagnent la côte nord, puis, à la fin des années 1990, l’État aménage au sud une station entière sortie du sable, Yasmine Hammamet.

La médina est minuscule et c’est sa qualité : un rectangle de ruelles blanches et bleues qu’on traverse en un quart d’heure, encore habité, du linge aux fenêtres et des chats partout. La rue principale est une enfilade de boutiques à touristes, mais deux virages suffisent à en sortir. La Grande Mosquée, sobre, se trouve près de l’entrée nord ; l’intérieur n’est pas ouvert aux non-musulmans.

La kasbah tient le promontoire, les pieds dans l’eau. On monte sur le chemin de ronde pour la vue : d’un côté la mer et le cimetière marin, de l’autre les toits de la médina et la ligne des hôtels. Le marabout de Sidi Bouhdid, en contrebas contre le rempart, est devenu un café au ras des vagues. Comptez deux heures pour l’ensemble.

Le Centre culturel international, l’ancienne villa de Georges Sebastian, est le vrai morceau de bravoure : colonnades blanches, voûtes, piscine à portiques, salle de bains en marbre noir, et un grand parc qui descend vers la mer. Le théâtre de plein air y accueille le festival en juillet et août. C’est un centre culturel en activité : ce qui se visite varie selon la programmation.

Pupput, au sud, est aujourd’hui un parc archéologique de quelques hectares enclavé entre deux hôtels, ce qui résume l’histoire récente de la ville. Maisons à péristyle, thermes, beaux pavements en place, et une nécropole fouillée sur plus d’un millier de sépultures. Modeste et souvent désert. Une heure.

Plus loin, le cap Bon commence à la sortie de la ville :

  • Nabeul, à quinze minutes, capitale tunisienne de la poterie, avec son marché du vendredi, ses ateliers, ses agrumes et sa harissa ;
  • Kerkouane, à l’extrémité du cap, seule cité punique jamais rebâtie par les Romains, inscrite à l’UNESCO en 1985 ;
  • Korbous, village thermal encaissé sur la côte nord, où une source chaude se jette directement dans la mer.

Et Yasmine Hammamet, au sud : marina, front de mer piéton, médina reconstituée et parc Carthageland. Rien d’ancien, mais les enfants y passent une bonne journée.

Hammamet sent le jasmin, littéralement : on en vend des bouquets minuscules aux carrefours, et les hommes les portent à l’oreille. La ville a gardé de sa période élégante un goût pour les jardins, les bougainvilliers et les murs bas, et une lumière très douce en fin d’après-midi. Les vieux quartiers vivent à leur rythme, avec les cafés d’hommes, les parties de cartes, le poisson grillé et le pain qui sort du four en fin de matinée.

Le reste du temps, c’est une ville de service. Des dizaines de milliers de lits, des navettes, des vendeurs de céramique, des calèches, des quads. La saison fait tout : bruyante et bondée en juillet-août, agréable au printemps, à moitié éteinte en janvier, quand des rues entières d’hôtels ferment leurs volets.

Il faut dire les choses franchement. L’urbanisation touristique a abîmé cette côte. La plage, magnifique sur les cartes postales, est aujourd’hui doublée sur des kilomètres par une file continue de complexes hôteliers, de murets et de transats loués. Et le tout-inclus a créé une bulle : beaucoup de visiteurs arrivent en transfert, ne franchissent jamais le portail de leur hôtel, mangent des buffets internationaux pendant huit jours et repartent en n’ayant vu de la Tunisie que du personnel en uniforme. C’est confortable, souvent bon marché, et parfaitement étanche. La ville, elle, existe encore, à quelques kilomètres et une course de taxi. Il suffit de sortir.

Y aller — Hammamet est à une heure environ au sud de Tunis par l’autoroute A1. L’aéroport le plus proche est Enfidha-Hammamet, qui reçoit l’essentiel des vols charters ; Tunis-Carthage est l’autre option, mieux desservie en lignes régulières. Le train relie Tunis à Bir Bou Rekba, la gare qui dessert Hammamet et Nabeul, d’où l’on termine en taxi. Les louages, ces taxis collectifs qui partent une fois pleins, sont le moyen le plus courant dans la région.

Se déplacer — Tout se fait en taxi jaune ; insistez poliment sur le compteur. Un petit train touristique et des navettes relient la médina, la zone nord et Yasmine, distantes d’une bonne dizaine de kilomètres : ce n’est pas une marche.

Choisir son secteur — Trois logiques. La zone nord, historique, aligne des hôtels souvent plus anciens mais noyés dans les jardins, à distance de marche de la médina. Yasmine Hammamet, au sud, est neuve, plate, équipée, sans âme, et pensée pour les familles. Le centre ancien compte peu d’hébergements, mais c’est là qu’est la ville.

Quand venir — Mai-juin et septembre à début octobre : mer chaude, chaleur supportable, foule en retrait. Juillet et août sont saturés, et le festival tombe là. L’hiver est doux, venteux et très calme, ce qui convient aux cures.

Combien de temps — Deux jours suffisent pour la ville. Au-delà, c’est un camp de base : le cap Bon, Tunis et Carthage, Kairouan et Zaghouan sont à portée de journée.

Thalasso — Hammamet est la capitale tunisienne de la thalassothérapie, avec une forte concentration de centres adossés aux grands hôtels, à Yasmine surtout. Les cures se réservent à l’avance, de préférence hors saison, et les niveaux sont inégaux : jugez l’encadrement médical plutôt que le décor.

Baignade — La mer est peu profonde et calme sur des dizaines de mètres, idéale avec de jeunes enfants. Les plages du centre sont les plus animées ; celles des hôtels sont privatisées de fait, même si le domaine maritime reste théoriquement à tous.