Avant Monastir, il y a Ruspina : un comptoir punique installé sur cette avancée de terre, repris par Rome, qui en fait un port de commerce actif pendant près de mille ans, du IVe siècle av. J.-C. jusqu’aux environs du VIe siècle de notre ère.
En 46 av. J.-C., Jules César débarque dans le Sahel et fait de Ruspina son camp retranché pendant la campagne d’Afrique, contre les derniers partisans de Pompée. Il y frôle la catastrophe : la bataille livrée non loin des murs, face à la cavalerie de Labienus, manque de lui coûter son armée.
Le nom actuel vient de monasterium : un établissement monastique chrétien aurait occupé le site avant la conquête arabe. C’est là que l’on élève, aux environs de 796, sur ordre d’un gouverneur abbasside, le ribat de Monastir, l’un des plus anciens du Maghreb.
Un ribat n’est ni tout à fait un fort ni tout à fait un couvent. Des volontaires y montaient la garde contre les raids venus de la mer et y passaient un temps de retraite et de prière. Celui-ci a servi de modèle à la chaîne de forteresses côtières de l’Ifriqiya.
Les Aghlabides l’agrandissent au IXe siècle, les Fatimides au Xe, les Hafsides au XVe ; on lui ajoute encore des bastions d’artillerie aux XVIIe et XVIIIe siècles. Autour, la ville accumule mosquées, zaouïas et tombes : mourir à Monastir passait pour une bénédiction.
Elle reste longtemps une petite ville de pêcheurs et d’oléiculteurs derrière ses remparts, sans grand poids politique. Elle en sort en 1903, avec la naissance d’Habib Bourguiba dans une maison de la médina.
Devenu le premier président de la Tunisie indépendante, Bourguiba transforme sa ville natale en vitrine du pays : avenues larges, esplanades, bâtiments officiels, université, aéroport international, zone hôtelière. Une bonne partie de la vieille médina y passe dans les années 1960-70. Déposé en 1987, il finit ses jours à Monastir, tenu à l’écart, et meurt en 2000 dans la ville qu’il avait refaite.
Tout l’essentiel tient sur le front de mer : le ribat, la Grande Mosquée, le cimetière et le mausolée se suivent à pied le long de la côte. L’ensemble est superbe en fin de journée.
Le ribat est la pièce maîtresse. De l’extérieur, un bloc de pierre ocre posé au bord de l’eau, hérissé de tours rondes ; à l’intérieur, une cour nue, des galeries superposées, une salle de prière voûtée à l’étage et une aile transformée en musée d’art islamique : stèles funéraires, bois sculptés, céramiques. Montez au nador, la tour de guet : la vue sur la mer, le cimetière et les coupoles dorées vaut le détour. Ces murs ont servi de décor à Jésus de Nazareth de Zeffirelli, puis à La Vie de Brian des Monty Python.
La Grande Mosquée, juste à côté, est plus discrète : pierre de taille nue, pas de dôme sur le mihrab, une salle de prière portée par des colonnes antiques de réemploi. L’accès des non-musulmans se limite en principe à la cour, et il n’est pas garanti.
Le cimetière marin de Sidi el Mezeri est peut-être le meilleur moment de la visite : des milliers de stèles blanches en pente vers la mer, la koubba du saint patron de la ville au milieu, le vent, personne. On le traverse pour rejoindre le mausolée de Bourguiba, au bout d’une allée monumentale — dôme doré, coupoles vertes, deux minarets, marbre partout. Le président l’a fait bâtir de son vivant ; y reposent aussi ses parents, ses frères et sa première épouse.
Ailleurs dans la ville, quelques haltes :
Comptez une demi-journée pour les monuments, une journée si vous ajoutez la marina et Skanès.
Monastir surprend d’abord par le silence et par la largeur. Avenues surdimensionnées, esplanades vides, palmiers alignés, pelouses arrosées : la ville a été dessinée pour recevoir des cortèges officiels, et elle en garde l’allure. C’est propre, plat, facile à parcourir à pied, très loin du désordre sympathique des autres villes tunisiennes.
La vie, elle, s’est réfugiée dans trois ou quatre endroits : la médina et son marché en fin de matinée, le port de pêche, la marina le soir, les cafés autour de l’université qui rappellent que des dizaines de milliers d’étudiants habitent ici. On y mange du poisson grillé sans chichi, du kefteji, des makrouds ; la région vit d’olives et de pêche autant que de touristes.
Reste la part d’honnêteté. Monastir est calme au point d’en paraître éteinte hors saison : passé octobre, une bonne moitié des terrasses ferme, les grandes esplanades ne servent plus à rien et le soir tombe sur une ville sans bruit. La zone hôtelière de Skanès a vieilli, certains établissements affichent leurs années 1970 sans complexe et tous n’ont pas été repris. Le culte du président, omniprésent, laisse aussi quelques visiteurs mal à l’aise. Qui cherche l’animation, les bars et la foule la trouvera à Sousse, à vingt kilomètres et vingt minutes de train : ici, on vient pour la pierre, la mer et le calme, et il faut l’assumer.
Y aller — L’aéroport international Habib-Bourguiba est à la sortie de la ville, côté Skanès. Il a longtemps été la principale porte d’entrée du tourisme de masse vers le Sahel, et beaucoup de vols charters européens y atterrissent encore, surtout l’été. Depuis Tunis, le train direct demande environ trois heures ; le louage est plus rapide.
Se déplacer — Le métro du Sahel, qui est en réalité une ligne de train de banlieue exploitée par la SNCFT, relie Sousse à Mahdia en passant par Monastir, dessert l’aéroport et s’arrête à Skanès. C’est le moyen le plus simple pour aller à Sousse ou à Mahdia dans la journée. Dans Monastir même, tout le centre historique se fait à pied ; les taxis règlent le reste.
Quand venir — D’avril à juin et de septembre à octobre : chaud sans excès, mer déjà bonne à la fin du printemps. Juillet et août sont brûlants et pleins. L’hiver est doux mais venteux, et la ville tourne franchement au ralenti.
Combien de temps — Une journée suffit largement pour le ribat, la mosquée, le cimetière et le mausolée. Beaucoup de voyageurs logent à Sousse ou à Skanès et viennent à la journée : c’est un choix raisonnable.
Baignade — Les plages de la ville même sont modestes ; les grandes étendues de sable sont à Skanès, devant les hôtels, et plus au nord. La mer y est peu profonde et calme, ce qui convient bien aux familles.
Tenue et lieux de culte — Épaules et genoux couverts pour le mausolée, le cimetière et les abords de la Grande Mosquée ; on se déchausse là où c’est indiqué. Le cimetière reste un lieu de recueillement, pas un décor : photographiez discrètement, et passez votre chemin les jours de funérailles.
Thalasso — La baie abritée et l’aéroport international font de Monastir un point de chute commode pour une cure, avec des transferts réduits au minimum. Notre guide de la thalasso en Tunisie compare les quatre grandes destinations.