Tozeur n’est pas née du tourisme : elle est née de l’eau. Les géographes antiques la connaissent sous le nom de Thusuros, et Rome en fait un poste sur la route qui longe le désert entre Gabès et Biskra. On y échange déjà des dattes, du sel et ce que les caravanes remontent du sud.
Ce qui tient la ville debout, c’est une nappe qui affleurait. Des sources sortaient du sol au pied du bourg, dont la principale, Ras el Aïn, suffisait à irriguer la palmeraie entière. Autour de cette eau se sont organisés des villages, des tribus et surtout des règles.
Au XIIIe siècle, un lettré de Tozeur, Ibn Chabbat, met par écrit le partage de cette eau : un réseau de seguias, des canaux calibrés, une durée d’arrosage attribuée à chaque parcelle et mesurée par une horloge d’eau. La tradition lui en attribue l’invention ; il en fut plus vraisemblablement l’organisateur. Le principe fonctionne encore en partie, ce qui est peu banal pour un règlement d’irrigation médiéval.
Le Jerid médiéval vit du commerce transsaharien. Tozeur, Nefta et Degache forment un chapelet d’oasis riches, avec leurs marchands et leurs écoles coraniques. C’est de cette période que date le vieux quartier des Ouled el-Hadef, bâti pour l’essentiel à partir du XIVe siècle par la famille qui lui a donné son nom.
Le protectorat français y installe une garnison et une administration. La ville reste petite : à peine plus de dix mille habitants au milieu du XXe siècle, puis elle triple, portée par la sédentarisation des tribus nomades et par l’extension des cultures.
À partir des années 1970, l’État creuse des forages profonds pour ouvrir de nouvelles palmeraies. La production de deglet nour s’envole, les sources anciennes faiblissent, et Ras el Aïn finit par se tarir à la fin des années 1990.
Les décennies suivantes sont celles du tourisme : hôtels en lisière de palmeraie, aéroport international, décors de cinéma dans le désert voisin. Puis 2011, puis la pandémie. Une bonne partie du parc hôtelier a fermé, et quelques établissements seulement rouvrent depuis peu.
Ouled el-Hadef est la raison principale de s’arrêter en ville. Ce vieux quartier, bâti pour l’essentiel à partir du XIVe siècle, est entièrement construit en briques d’argile jaune sable posées en saillie, qui dessinent sur les façades des motifs géométriques en relief. On ne voit cela nulle part ailleurs au Maghreb. Ruelles étroites, passages voûtés, portes cloutées : l’ensemble se parcourt en une petite heure. Une maison ancienne y abrite un musée d’arts et traditions populaires. Le quartier est habité, en partie restauré, en partie pas du tout.
La palmeraie couvre environ mille hectares au sud de la ville, quelque quatre cent mille palmiers organisés en trois étages : dattiers en haut, arbres fruitiers au milieu, cultures maraîchères au sol. On la traverse à pied, à vélo ou en calèche, sur des pistes qui longent les seguias. Un belvédère aménagé sur la crête en donne la vue d’ensemble, avec le chott derrière. Comptez une demi-journée.
Le musée Dar Cheraït, premier musée privé de Tunisie, présente des intérieurs et des objets du Jerid. Le complexe qui l’entoure a connu de longues fermetures et de lourdes difficultés financières ; son ouverture reste incertaine, renseignez-vous avant d’y aller.
Autour, le paysage prend le relais :
Tozeur vit à deux vitesses. Le matin, la ville est celle du Jerid : le marché, les cafés de l’avenue, les camionnettes chargées de régimes de dattes, l’odeur du charbon et du café. L’après-midi, à la saison chaude, tout s’arrête pendant quelques heures et les rues se vident. Le soir, on ressort, et la lumière sur les briques ocre vaut le déplacement à elle seule.
On mange du grillé, de l’agneau, des tajines, beaucoup de dattes évidemment, farcies aux amandes ou pressées en sirop, et on boit du lagmi, la sève de palmier, quand la saison le permet. Les gens sont accueillants sans être démonstratifs, et beaucoup ont travaillé dans le tourisme avant que celui-ci ne s’effondre.
Ce qui déçoit, maintenant. La palmeraie n’est pas un jardin d’Éden : une partie est mal entretenue, des parcelles sont à l’abandon, on y croise des sacs plastique et des palmiers morts. La nappe baisse pour de bon, les sources historiques se sont taries, les forages descendent toujours plus profond, et le sujet n’a rien d’anecdotique pour les gens d’ici. Sur les sites, les rabatteurs, les cochers et les faux guides sont insistants, surtout au belvédère et à l’entrée de la palmeraie ; un refus ferme et souriant suffit en général. Enfin, si vous venez pour Star Wars, sachez que Mos Espa est un décor de plâtre en ruine, à moitié ensablé, sans restauration en cours. Les amateurs y trouvent leur compte. Les autres regardent trois murs et une dune.
Y aller — L’aéroport international de Tozeur-Nefta est à quelques kilomètres de la ville, mais son trafic est très réduit : quelques liaisons intérieures vers Tunis et une desserte saisonnière depuis Paris, avec des programmes qui changent d’une année sur l’autre. Vérifiez avant de compter dessus. Par la route, comptez six à sept heures depuis Tunis, une demi-journée depuis Gabès ou Douz. Les louages relient Tozeur aux grandes villes du pays.
Se déplacer — Le centre se fait à pied. Pour la palmeraie, le vélo est agréable le matin ; la calèche est une institution, à négocier avant de monter. Tout le reste, chott, oasis de montagne, Ong Jemel, se fait en voiture ou en 4×4 avec chauffeur. La location est simple, les routes goudronnées sont correctes, les pistes non.
Excursions dans le désert — Les sorties en 4×4 vers le Sahara partent de Tozeur ou de Nefta, en demi-journée ou en journée. Assurez-vous que le véhicule est en état et que le chauffeur connaît le secteur, et n’allez jamais dans les dunes seul avec une voiture de location.
Quand venir — D’octobre à avril. L’été est invivable : au-delà de 45 °C, on ne fait rien entre onze heures et dix-sept heures. Les nuits d’hiver, en revanche, tombent près de zéro dans le désert, ce dont personne ne prévient les voyageurs partis en tee-shirt.
Combien de temps — Deux nuits au minimum : une journée pour la ville et la palmeraie, une pour les oasis de montagne. Trois si vous ajoutez le chott et Nefta.
Chaleur et eau — Chapeau, lunettes, crème, et bien plus d’eau que vous ne pensez : l’air est si sec qu’on transpire sans s’en apercevoir. Un mot pour finir. L’eau est ici une ressource tendue, et les piscines d’hôtel n’y changent rien. Douches courtes.