Sidi Bou Saïd est le village le plus photographié de Tunisie, et le premier réflexe est de s’en méfier. Trop bleu, trop blanc, trop de monde.

Puis on y monte en fin de journée, quand les cars sont repartis, et on comprend.

Depuis le 25 juillet 2026, le village est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. La Tunisie compte désormais dix sites classés. La plupart des guides en ligne datent d’avant et ne le disent pas encore.

D’où vient le bleu et le blanc

Le village doit son nom à Abou Saïd al-Baji, un saint soufi du XIIIe siècle dont le mausolée est toujours là, en haut.

Mais le décor, lui, est bien plus récent qu’on ne le croit. C’est le baron Rodolphe d’Erlanger, peintre et musicologue installé ici au début du XXe siècle, qui a obtenu que les façades soient blanches et les menuiseries bleues, et que rien ne se construise en dehors de ce code.

Autrement dit : le village n’est pas un accident pittoresque. C’est un projet esthétique, tenu depuis un siècle. Ce qui n’enlève rien, mais il vaut mieux le savoir.

Ce qu’on fait, concrètement

On monte. La rue principale grimpe en escaliers pavés, entre les boutiques et les portes cloutées — ces portes noires à clous blancs sont l’autre signature du lieu.

En haut, le Café des Nattes et sa terrasse. Plus bas, sur le flanc, le café Sidi Chabaane et ses paliers en escalier au-dessus du golfe : c’est de là que se prennent les couchers de soleil qu’on voit partout.

Et sur la hauteur, à l’écart, le palais Ennejma Ezzahra, la maison du baron, devenue centre des musiques arabes. Les trois quarts des visiteurs repartent sans l’avoir vu. C’est pourtant la plus belle chose du village.

Quand y aller, et quand surtout pas

Évitez onze heures à quinze heures en été. Les autocars et les escales de croisière arrivent groupés, la rue devient une file indienne et les terrasses sont pleines.

Le bon moment est tôt le matin, ou après dix-sept heures. À la tombée du jour, quand la lumière passe à l’orange sur le blanc des murs, c’est un autre endroit.

Hors saison, en février ou en mars, le village est presque vide et il pleut parfois. C’est ma période préférée.

Y aller

En TGM depuis Tunis Marine, arrêt Sidi Bou Saïd. Le train met une trentaine de minutes et coûte quelques centaines de millimes. De la gare, il reste une montée à pied, courte mais raide.

En taxi depuis le centre de Tunis, une vingtaine de dinars.

Le village se combine naturellement avec Carthage, qui est sur la même ligne, deux stations avant.